Bien qu'un questionnaire psychiatrique standard fait d'avance soit un non-sens, on peut cependant imaginer qu'un premier entretien avec un proche ou un parent soit une sorte de canevas comportant obligatoirement au moins les questions suivantes (ordre et hiérarchie susceptibles de révision):

(Le pronom "il" est systématiquement employé pour désigner "le" malade, mais il est évidemment bien entendu qu'on s'adresse aussi bien à l'un qu'à l'autre sexe.)

Date de l'entretien

1 Quel est votre degré de parenté avec le malade? (père, mère, frère, soeur, etc.)

2 Si vous n'êtes pas parent avec le malade, à quel titre le connaissez-vous?

3 Si vous n'êtes pas parent avec le malade, depuis quand le connaissez-vous?

Les questions qui suivent supposent toutes que celui qui répond connaît le malade depuis "toujours".

4 Quel est l'âge actuel du malade?

En fonction de la réponse, on adaptera les questions portant sur la scolarité, les études et les activités professionnelles.

5 Est-ce la première fois que vous vous adressez à un médecin psychiatre pour votre proche?

Si oui: quels sont les motifs qui vous poussent à faire cette démarche aujourd'hui?
Si non: de quand date la première consultation chez (avec) un médecin psychiatre?

• Quels étaient, alors, vos motifs pour consulter?
• Y a-t-il eu plus d'une consultation précédemment?
• Chez un seul psychiatre?

- Dans ce cas, combien de consultations ont-elles eu lieu?
- Sur quelle période ont-elles eu lieu?
- Combien de temps en moyenne durait chaque consultation?

• Chez plusieurs psychiatres?

- Si oui, chez combien?
- Pourquoi avez-vous changé de psychiatre?

6 Si vous avez déjà consulté un médecin psychiatre précédemment, vous a-t-il fait part d'un diagnostic qu'il aurait posé quant aux troubles psychologiques de votre malade?

Si oui, combien de temps s'est écoulé entre la première consultation et la date où un diagnostic vous a été communiqué?

7 A quel âge avez-vous remarqué chez le malade des signes qui ont attiré votre attention, soit par leur bizarrerie, soit parce qu'ils semblaient indiquer un changement inexpliqué dans sa "manière d'être"?

8Les changements qui ont attiré votre attention, vous en êtes-vous rendu compte brusquement ou bien vous semblent-ils ne s'être manifestés que graduellement (ou progressivement, ou insidieusement)?

Décrivez ces changements.

9 Les changements qui ont attiré votre attention, y avez-vous accordé de l'importance:

• dès que vous les avez constatés?
• seulement plus tard?

Si vous n'y avez accordé d'importance que plus tard, qu'est-ce qui a motivé votre changement d'appréciation entre le moment où vous avez remarqué quelque chose et le moment où vous avez décidé que ce "quelque chose" n'était pas tout à fait "normal"?

10Le malade a-t-il des frères et/ou des soeurs?

• Dans l'affirmative, énumérez-les et donnez les rapports d'âge avec le malade.
• Y a-t-il un ou plusieurs malades parmi la fratrie plus âgée ou plus jeune?
• Dans le cas où il ya des frères ou soeurs et que ceux-ci sont bien-portants:

Avez-vous remarqué chez le malade, avant que la maladie ne devienne manifeste, des traits de caractère ou de comportement qui contrastaient nettement avec ceux de ses frères ou soeurs au même âge?

Dans l'affirmative, décrivez ce qui vous a frappé.

11 A l'école primaire, les instituteurs vous ont-ils jamais fait part d'observations particulières quant au caractère "spécial", ou au comportement "original" du futur malade?

Dans l'affirmative, décrivez-les.

12 A l'école primaire, la scolarité a-t-elle été:

très bonne, bonne, moyenne, mauvaise ou très mauvaise?

Dans ces derniers cas, tentez de donner une explication.

13 A l'école primaire, le futur malade s'est-il fait des petits camarades?

• Si oui, en a-t-il parfois / souvent ramené ou invité à la maison?

    a-t-il parfois / souvent été invité chez eux?

• Si non, à quoi cet isolement a-t-il été attribué?

14 Jusqu'à quel âge, le malade a-t-il poursuivi sa scolarité?

• Si cette scolarité a été interrompue prématurément, pourquoi?
• La scolarité moyenne (athénée, lycée, collège) a-t-elle été marquée par des incidents?

Si oui, lesquels?

• Les résultats scolaires ont-ils été très bons, bons, moyens, mauvais ou très mauvais?

Dans ces deux derniers cas, tentez de donner une explication.

15 Pendant la scolarité moyenne (athénée, lycée, collège), le futur malade:

• s'est-il fait des amis?

- Si oui, étaient-ils nombreux ou peu nombreux?
- Si non, comment cette carence a-t-elle été commentée?

• s'est-il fait des amis de l'autre sexe?

- Si oui, ces relations étaient-elles stables?

L'instabilité de ces relations a-t-elle donné lieu à des commentaires?
Si oui, lesquels?

- Si non, cette absence de relation a-t-elle donné lieu à commentaires?

Si oui, lesquels?

16 Le malade a-t-il entrepris des études supérieures?

• Si oui: lesquelles?

- Les a-t-il menées à leur terme?

Si oui: sans difficultés?
          avec quelles difficultés?

- Si elles ont été interrompues, dans quelles circonstances?

• Si non: la maladie est-elle la cause du renoncement aux études?

Dans ce cas, expliquez, s.v.p.

17 Le malade a-t-il exercé (ou entamé) une activité professionnelle?

• Si oui, laquelle?

Etait-ce la profession espérée (et choisie de longue date)?
Si non, expliquez les raisons de cet autre choix.

• L'exerce-t-il encore?

Si non, à la suite de quelles circonstances?

• Cette activité professionnelle a-t-elle subi une détérioration?

Si oui, tentez de la décrire et de l'expliquer.

• D'éventuels collègues de travail (ou employeur, client, etc.) vous ont-ils fait des remarques ou des observations au sujet d'anomalies ou de changements survenus dans la caractère ou le comportement de votre proche?

Si oui, quelles observations?

Si l'âge du malade le justifie, il faut aussi poser la question suivante

18 Votre proche malade s'est-il marié (ou s'est-il "mis en ménage")?

• Dans l'affirmative, cette relation tient-elle toujours?
• Si le ménage n'a pas tenu, expliquez les circonstances et raisons de la rupture.
• Si votre malade ne s'est pas marié (ni "mis en ménage"), est-ce:

- parce qu'il n'en avait pas l'intention?
- parce que l'occasion ne s'est pas présentée?
- parce que cela ne s'est finalement pas conclu?

Dans ce dernier cas, expliquez les raisons invoquées de l'échec.

19 Dans les jours et les semaines qui ont précédé notre présent entretien (on suppose que c'est le premier), votre malade:

• a-t-il changé ses habitudes alimentaires?

Si oui, décrivez ce changement.

• a-t-il changé ses horaires de repas? Si oui, décrivez, s.v.p.
• a-t-il maigri de façon manifeste? (oui/non)
• a-t-il changé ses horaires de sommeil, ou de réveil (lever)?

Si oui, décrivez, s.v.p.

• a-t-il changé sa coiffure (barbe/moustache)?

• a-t-il changé ses habitudes d'hygiène corporelle?

Si oui, décrivez, s.v.p.

• a-t-il changé ses habitudes vestimentaires?

Si oui, décrivez en quoi consiste le changement.

20 Au cours des semaines (ou des mois) qui ont précédé le présent entretien:

• Votre proche vous a-t-il jamais fait part de problèmes qu'il éprouverait, tels que

- de "santé"? Si oui, précisez, s.v.p.
- de ne pas parvenir à fixer son attention sur une tâche?
- d'entendre ou de voir des "choses" bizarres?
- d'avoir des problème de communication avec autrui?
- autres? Dans ce cas, précisez, s.v.p.

• A votre connaissance, s'est-il confié à d'autres de pareils problèmes?
• Vous-même, constatant des bizarreries dans la "manière d'être" de votre proche, lui en avez-vous parlé?

Si oui, votre proche a-t-il admis que "quelque chose n'allait pas"?

dans l'affirmative, a-t-il reconnu la nécessité de consulter un médecin?
dans la négative, a-t-il donné une explication à ses "bizarreries"?

21 Si vous avez consulté plus d'un médecin psychiatre avant aujourd'hui, un diagnostic a-t-il été posé:

par l'un d'eux?
par plus d'un?

• Dans ce cas, les diagnostics posés ont-ils été concordants?

Quel était le diagnostic concordant?

• Si des diagnostics différents ont été posés, lesquels?

22 Un traitement médicamenteux a-t-il été prescrit?

Si oui, lequel?
Si oui, a-t-il été suivi?

• Si oui, pendant combien de temps a-t-il été suivi?

A-t-il été interrompu? Si oui,
- pourquoi?
- au bout de combien de temps?

• S'il n'a pas été suivi, pourquoi?

Si un traitement médicamenteux a été instauré, a-t-il été modifié en cours de traitement?

si oui, quelle en est la raison donnée par le médecin psychiatre?


Justification du questionnaire

(La rédaction de ce questionnaire date de 1997. Je n'ai que peu de raisons de penser qu'il soit devenu obsolète en 2005)

J'ai malheureusement eu, depuis 1989, de multiples occasions d'entrer en contact avec des psychiatres qui devaient s'occuper du "cas" de mon fils.

Tout au long du "parcours du combattant" qu'a été depuis lors la vie du malade et de sa famille, une observation s'est répétée avec une constance tellement remarquable que je ne puis croire qu'elle serait le résultat d'un malheureux hasard: à chaque séjour dans une nouvelle institution (hôpital ou clinique psychiatrique, en milieu universitaire ou non, d'un pavillon à l'autre dans un même hôpital, etc.), à chaque rencontre (parfois obtenue de haute lutte après des temps d'attente longs de plusieurs semaines) avec un nouveau psychiatre,

la conversation entre les proches et ce psychiatre démontrait:

(Ces deux points s'expliquent si on imagine que le "dossier médical" établi par les psychiatres: soit est vide, soit son contenu est inutilisable. A plusieurs reprises, j'ai en effet pu vérifier que le dossier médical tel qu'établi (?) par les psychiatres ne répondait à aucun des critères pour un tel document.)

C'est en réaction à cette attitude générale de "la psychiatrie" en Belgique que j'ai rédigé, il y a quelques années déjà, le questionnaire qui précède. Je sais qu'il est plus dirigé vers les schizophrènes que vers les patients atteints d'autres psychoses; il n'est qu'une proposition, une suggestion sans doute fort incomplète encore. C'est néanmoins un début dont j'espère qu'il réveillera quelques bonnes volontés. Bien sûr, je ne prétends pas faire la leçon à mes collègues psychiatres... Mais je me permets néanmoins de suggérer aux membres des familles de comparer le questionnaire ci-dessus aux questions que peut-être le psychiatre de leur enfant leur a posées - et surtout, de noter celles qu'il aurait omises, pour y réfléchir eux-mêmes et lui demander les raisons de ces omissions.

Prof. Dr. Jean Desclin

(Depuis lors, l'enseignement dans certains de nos centres universitaires s'est peut-être amélioré, je veux l'espérer; je ne veux pas jeter l'anathème sur toutes nos universités belges francophones. Cependant, j'ai de bonnes raisons de soupçonner l'amélioration d'être timide et discrète, et loin d'être généralisée, même en 2005...)


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