Article avec repères
Les laborieuses cogitations de nos eurocrates
Sur le site Web de l'Europe on trouve le texte d'une Résolution du Conseil de l'Union européenne concernant la promotion de la santé mentale. On y trouve aussi un Livre Vert...
Les laborieuses cogitations de nos eurocrates
"C'est une raison de parler beaucoup que de penser peu."Vauvenargues: "Réflexions et Maximes""Tu causes, dit Laverdure, tu causes, c'est tout ce que tu sais faire."Raymond Queneau, "Zazie dans le métro", p. 27 (Gallimard, Paris 1959)
Sur le site Web http://europa.eu.int on peut trouver, au chapitre intitulé "15.30 - Protection de la santé", le texte d'une "Résolution du Conseil de l'Union européenne", datée du 18 novembre 1999, concernant la "promotion de la santé mentale" (sic) (portant le n° d'identification 300Y0324(01) . Ce texte figurerait au "Journal officiel" n° C086 du 24/03/2000, p. 0001 - 0002 (date de "livraison": 09 octobre 2000; date de mise en ligne sur le Web : 09 juillet 2001!).
Cette "Résolution" comporte 16 points, commençant par, soit: "Rappelant", soit "Prenant acte", "Se félicite", "Reconnaît", "Considère", "Souligne", "Estime", "Invite" (les Etats membres, la Commission).
Voyons-en quelques uns.
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Au point 3. de cette "Résolution", ondécideque: "...il est probable que l'action communautaire sera la plus profitable en termes de santé des citoyens de l'Union européenne si elle est centrée, entre autres, sur une réduction de la mortalité et de la morbidité liées aux conditions de vie générales et aux modes de vie, en ce qui concerne les aspects tant physiques que mentaux;"
Paraphrasons cela en français compréhensible pour tous les citoyens benêts pour lesquels on semble nous prendre: Si la Communauté s'efforce, en améliorant le niveau général de vie, de réduire la mortalité, la fréquence et la gravité des maladies, la santé (physique et mentale) des citoyens risque de s'en trouver meilleure. (Ce n'est que "probable", mais ce n'est donc pas sûr!)
Nos eurocrates, connaissent-ils encore La Palice? -
Au point 8., ondécidede nous informer que "la santé mentale contribue d'une manière importante à la qualité de la vie, à l'insertion sociale et à la pleine participation à la vie sociale et économique";
A nouveau, traduisons: On vit bien mieux quand on n'est pas malade mental que quand on l'est. S'en serait-on douté si nos "Conseillers européens" ne l'avaient décidé? -
Au point 9., ondécidede souligner que "les maladies et problèmes mentaux sont courants, qu'ils sont source de souffrances humaines et d'incapacités, qu'ils augmentent la mortalité et qu'ils ont des effets négatifs pour les économies nationales;"
Dans la suite des truismes et des lieux communs, on aurait peut-être plus logiquement pu commencer par là. Cela aurait épargné aux concepteurs de cette "Résolution" des souffrances peut-êtreendurées pour faire preuve de leursinhumainesà en rédiger des considérations n'engageant surtout personne à rien... Même si on laisse timidement entendre que les maladies mentales coûtent cher.capacités -
Au point 10., ondécidede souligner que "les problèmes de santé mentale sont souvent liés, entre autres facteurs, au chômage, à la marginalisation et à l'exclusion sociales, à l'absence de logement, à la toxicomanie et à l'alcoolisme;"
Admirons la formulation et la tournure de la phrase, dont l'ambiguïté soigneusement calculée et involontaire en apparence , permet de ne pas dire que les "problèmes de santé mentale" sont des facteurs de chômage, de marginalisation et d'exclusion sociale, d'absence de logement, etc., et de laisser croire que ce serait l'inverse. Ainsi, les "Etats membres" pourront toujours justifier leur immobilisme habituel par la perplexité devant ce texte. Et on évite surtout d'avouer que les "problèmes de santé mentale" sont des causes certaines de chômage, marginalisation, exclusion, etc. -
Au point 11., ondécidede reconnaître qu' "il existe des méthodes efficaces de promotion de la santé mentale et de prévention des maladies et problèmes mentaux;"
Comme cette affirmation constituerait, si elle était justifiée de manière recevable et crédible,une grande première mondiale, elle aurait mérité un minimum d'explications et de références. A défaut, elle court de grands risques de passer, à fort juste titre, pour une monumentale ânerie proférée par des "inconscients" et des incompétents, mal informés et mal conseillés (serait-ce la première fois que cela se produirait?)etc., etc.
Il aura donc fallu de novembre 1999 à juillet 2001 pour que, par l'intermédiaire d'Internet, les citoyens européens puissent profiter de ce pitoyable accouchement de "bonnes résolutions" ("décisions" qui n'en sont pas, au mieux "invites" n'ayant pas force de loi, donc n'engageant personne à quoi que ce soit), consistant en quelques médiocres lieux communs de Café du Commerce, de surcroît souvent farcis d'affirmations dépourvues de fondements solides.
Pareil document fait-il honneur à l'Europe? Renforce-t-il le respect pour les institutions européennes? Fait-il la "promotion" de la démocratie?
Veut-on faire de l'Europe un nouveau MACHIN ?
En 2003, on est irrésistiblement amené à penser que la réponse à cette dernière question doit être OUI puisqu'à nouveau, mais cette fois sous la présidence grecque de l'Union européenne de 2003, le "Conseil" a adopté des " conclusions sur la lutte contre la stigmatisation et la discrimination liées à la maladie mentale" qui ne sont en rien plus vraisemblables, plus effectives, plus concrètes, ni surtout plus utiles que ce dont nos eurocrates avaient déjà laborieusement accouché précédemment, comme dit ci-dessus (
voyez- PDF - 274 K)
ET LE RONRON CONTINUE! (
imperturbablement, comme en provenance d'une lointaine Olympe satisfaite de soi, mais sourde et aveugle à ce qui se passe réellement sur la terre des mortels...)
Les considérations qui suivent auraient tout aussi bien pu figurer à la suite de l'article "New-Age". Si elles ont été placées arbitrairement ici, cela ne doit cependant pas empêcher le visiteur de les remettre en perspective en allant voir (dans New-Age) ce que nous disions des mélopées et autres turlutaines entonnées en choeur depuis des années déjà par nos ministres, députés et fonctionnaires belges et européens à propos des "plans d'action", des "actions", que celles-ci soient seulement "envisagées" ou seulement "projetées", etc., etc., de l'Union Européenne dans le domaine de ce qu'ils appellent la "Santé Mentale" (sans toutefois connaître cette dernière ni vraiment comprendre en quoi elle devrait consister).
Sur le site web de l'Union européenne (voyez ici), le ton, l'attitude "philosophique" et la connaissance (approfondie? la compétence?) du sujet par les rédacteurs des textes sautent aux yeux dans toute leur éblouissante splendeur et montrent qu'en 2005, on n'a toujours pas fort progressé intellectuellement:
" Les étroites relations qui unissent la santé mentale et la santé physique sont de mieux en mieux connues: par exemple, les maux de dos sont souvent la conséquence de troubles mentaux; quant à la dépression, elle représente un facteur de risque des maladies cardiaques. [...] etc., etc."
(Soit dit en passant, ceux qui, aujourd'hui, continuent à répandre de façon irresponsable la croyance selon laquelle "
par exemple?).
Sans doute soucieux aussi de faire admirer leur zèle et leur efficacité (?) aux citoyens européens, nos experts européens de la santé ont de plus accouché (et mis en ligne sur le web vers le 14/10/2005) de ce qu'ils dénomment un "Livre vert" (PDF, 914 KB), long de 26 pages, dont la vocation annoncée en sous-titre est de nous informer du travail à quoi nos eurocrates intellos de la santé prétendent passer leur temps: " Améliorer la santé mentale de la population: vers une stratégie sur la santé mentale pour l'Union européenne" (
sic, et souligné par moi).
Comme bien souvent en ce qui concerne les nombreux "documents" encombrant le labyrinthe - difficilement navigable - du site
www.eu.int, les rédacteurs de cette anthologie d'idées reçues, de lieux communs et d'annonces d'intentions hypothétiques, semblent avoir préféré garder (
par modestie?) un prudent anonymat collectif plutôt que d'assumer nommément en signant, la responsabilité de leur prose (
disponible tant en "français" qu'en "anglais", mais qui ne vaut guère mieux dans l'un de leurs baragouins que dans l'autre). Après lecture, on comprend pourquoi. Nous nous permettons de suggérer aux visiteurs de mens-sana, éventuellement curieux des
de l'Union européenne (
très imaginatives quoique plutôt administrativement imaginaires et, de ce fait, en tous points dignes d'admiration virtuelle?), de s'armer de courage et de patience avant de s'attaquer à la lecture de cette très édifiante entreprise de fort médiocre mais pure publicité de type "électoral".
Dès l'introduction de ce "Livre vert" (ainsi appelé par volonté d'analogie avec une certaine écologie? Ou parce que vert "symboliserait" l'espoir?), on affirme: " La santé mentale de la population européenne est l'un des moyens d'atteindre quelques-uns des objectifs stratégiques de l'Union européenne: le retour de l'Europe sur la voie de la prospérité durable, la concrétisation des engagements de l'Union en faveur de la solidarité et de la justice sociale, ou encore, l'amélioration tangible et concrète de la qualité de la vie des citoyens européens." (
souligné par moi).
On peut y lire aussi: "La santé mentale, la mauvaise santé mentale et leurs déterminants L'OMS définit la santé mentale comme 'un état de bien-être dans lequel la personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et fructueux et contribuer à la vie de sa communauté'. [sic].
La mauvaise santé mentale englobe les troubles mentaux et la psychasthénie, les dysfonctionnements associés au stress, les symptômes de démence et les démences susceptibles de faire l'objet d'un diagnostic, telles que la schizophrénie ou la dépression
[qu'entendent-ils par là? - ndlr]
[qu'entendent-ils par là? - ndlr],
[qu'entendent-ils par là? - ndlr],
[qu'entendent-ils par là? - ndlr].", etc., etc.
Nos eurocrates de la santé mentale continuent donc de mélanger allègrement psychologie et maladies mentales, sans jamais comprendre ce qui distingue la première des secondes. Ils parlent aussi de " démences susceptibles de faire l'objet d'un diagnostic, telles que la schizophrénie ou la dépression", affichant ainsi avec une belle inconscience leur ignorance (
leur incompétence) et, par conséquent et tout autant, leur désinvolture voire le mépris dans lequel ils semblent tenir, non seulement leurs éventuels lecteurs, mais sans doute aussi ceux pour qui ils devraient "oeuvrer".
Ils disent que " la santé mentale" serait "
". Si c'est vraiment cela qu'ils croient penser, ils devraient sérieusement envisager de se faire soigner, car ils marchent sur la tête:
la "bonne santé mentale" n'est jamais un "moyen", c'est évidemment un but et ce but devrait obtenir la priorité sur tous les autres. Et ce but, c'est
une des conditions nécessaires préalablesqui,
si elle est remplie, rend éventuellement possible la poursuite des "objectifs stratégiques" grandioses dont parlent nos eurocrates penseurs. Ceux qui ne sont pas capables de comprendre cela méritent à coup sûr qu'on s'interroge sérieusement sur la maturité de leurs fonctions mentales. Ceux-là perdent aujourd'hui le temps des citoyens, ils dilapident leurs ressources et celles qui pourraient être destinées à aider nos malades, et à quoi donc? A pondre des "comptes rendus", à concocter de multiples "rapports d'activité" (de bavardages stériles), à organiser à grand frais des réunions, à commanditer des études et des enquêtes prétendument "scientifiques" mais creuses dont le seul résultat concret est, en dernière analyse, de contribuer à la déforestation de notre planète.
Pour résumer l' "activité" de nos eurocrates de la santé mentale, leur "Livre vert" dit se diriger (?) ou s'orienter " vers une stratégie sur [sic]
". Nos eurostratèges réfléchissent à une stratégie. Ils étayent leur trentaine de pages sur des "références" qui, dans leur grande majorité, ne font, elles aussi, état que de constatations et de réflexions très platoniciennes et tout sauf pragmatiques.
Résumons à notre tour: si on rêve à une
, on semble ne se préoccuper aucunement de savoir si la volonté politique existe de créer les moyens
permettant de mettre cette stratégie en oeuvre: on se borne donc à tirer des plans sur la comète.
Est-ce ainsi qu'on renforcera la confiance des citoyens dans l'Union européenne? (
si vous ne me croyez pas, allez donc voir en cliquant- PDF, 914 KB)
Première publication: 3 Janvier 2002
(J.D.)
Dernière modification: 30 Janvier 2006